Première femme togolaise à diriger la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Mme Awa Nana appelée communément Azia Nana est aujourd’hui à la tête d’une grande institution chargée de réconcilier les togolais, le Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (Hcrrun). Après un brillant parcours universitaire, elle a marqué la vie politique et juridique du Togo à travers les différents postes de responsabilité qu’elle a occupé : juge d’instruction, juge matrimonial, doyen des juges d’instruction du Togo ; et sur le plan régional, présidente de la Cour d’appel et présidente de la Cour régionale de la CEDEAO. Pour mieux connaître cette dame qui a marqué plus d’un par son travail bien fait, nous sommes allés à sa rencontre.

Bonjour Madame, de part votre parcours professionnel, pouvez-vous nous dire les postes qui vont ont le plus marqué ?


Bonjour Togoqueens.
Si j’ai été marquée positivement par chacun de ces postes occupés, mais plus encore par un poste je dis toujours, «  tout ce que Dieu fait est bon ». C’est le poste de la présidence de la Commission électorale nationale, la CEN. Elle s’appelait CEN car, à notre époque, il n’y avait pas le mot « indépendante » le ‘‘I’’ manquait. Je ne dis pas que ce n'est pas indépendant, mais le fait de ne pas être CENI a joué quelque part aussi pour ce qui s’est passé.
En effet, j’ai occupé ce poste de 1996 à 1998. Au cours de cette carrière, plus exactement lors de l’organisation de l’élection présidentielle de 1998, le magistrat que je suis à fait jouer son indépendance, car l’indépendance du juge est tout ce qu’il y a de plus important. Ce qui m’a amené à me récuser, à me libérer, à renoncer à continuer dans cette tâche et j’ai démissionné. Voilà pourquoi ce poste m’a marqué. Ce fut positif en ce sens qu’une porte professionnelle (de juge nationale) venait de se fermer et au même moment, une autre s’ouvrait à moi. Dieu a ouvert une autre porte qui m’a permis de me sentir accomplie aujourd’hui, les portes de la justice régionale, internationale même, je dirai qui est la Cour de justice de la CEDEAO. Je continue à rendre grâce à Dieu pour ça.

Vous œuvrez aujourd’hui pour la réconciliation et l’unité nationale, des valeurs qui tiennent à cœur aux togolais eu égard à notre passé douloureux. Croyez-vous qu’il y ait une solution définitive à la reconstitution du tissu social togolais ?

Lorsqu’on parle de solution à un problème, on ne peut pas ajouter ‘‘définitif’’, puisqu’un problème comme le conflit togolais ne date pas d’aujourd’hui. Si je suis à la tête de l’institution de réconciliation, c’est pour couvrir déjà une période qui remonte aux années 58. Or la réconciliation est une œuvre de longue haleine, le conflit est tellement grand que la solution ne peut être une solution définitive, mais des approches de solutions qui à la longue vont permettre la reconstitution du tissu social.
Le problème du Togo est un problème d’ethnie. Ce petit rectangle de 6 millions d’habitants a une quarantaine d’ethnies. Le Créateur a mis tous ces peuples en un seul endroit, il ne reste que la nation à bâtir et l’idée d’appartenir à cette nation viendra du cœur des hommes et des femmes qui habitent ce territoire. Si Dieu nous a mis ensemble, pourquoi ne pourrions-nous pas vivre tous ensemble? Par exemple, si on est dans le même quartier, et qu’on ne peut parler à notre voisin parce qu’il est d’ici où de là, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas; le diable est rentré dans la maison. Il faut l’en sortir en acceptant de se parler et partager avec autrui. C’est comme ça que je vois la réconciliation. Certes le problème ethnique existe depuis les temps coloniaux mais doit disparaitre.  La politique aussi n’a pas arrangé les choses. Mais Dieu nous a fait éviter beaucoup de situations qui nous menaient normalement à la guerre civile. Il faut comprendre que la politique, est une chose temporelle alors que la vie de tous les jours est permanente et continuelle par conséquent la politique ne doit pas contribuer à envenimer les choses. C’est pourquoi nous pensons que la tâche de la réconciliation n’est pas facile, elle est l’œuvre de tout un chacun pour amener  le monde à mieux vivre ensemble. C’est le travail auquel nous tous sommes tous  conviés à savoir panser notre  passé  douloureux. Dans l’immédiat, il importe que chaque le togolais ouvre les yeux, qu’il prie aussi, que  les églises et les mosquées ne soient pas faites pour y montrer des belles tenues et de grands boubous mais pour recevoir des hommes et femmes prêts à se repentir et à se pardonner .

Vous êtes une femme, mère et épouse, comment arrivez-vous à jumeler tout ça avec votre vie professionnelle ?

C’est presque impossible, mais il faut le faire. Souvent  les trois vies sont inconciliables .Il faut donc  se fixer  des priorités. Pour ma part j’ai donné priorité à ma vie professionnelle. Je pense que c’est le bon  choix parce que pour une femme, rien ne vaut l’affirmation de soi. Pour être traitée avec dignité et respect, il faut avoir une indépendance économique. Si vous ne faites rien de votre vie  vous risquez d’être à la merci des hommes. Ceci est valable aussi pour une femme instruite ou non. De  notre temps, l’éducation n’étaient pas obligatoire pour tous les enfants alors les filles n’allaient pas systématiquement à l’école car les parents disaient que « investir dans une fille c’est investir dans la maison d’autrui ». Le grand remboursement qu’on puisse faire aux parents qui nous ont mises à l’école nous les filles, c’est de réussir notre  vie professionnelle.
Après la vie professionnelle, vient la deuxième priorité qui est la vie de mère parce que nos progénitures nous procurent la joie et du bonheur. Par conséquent quel que soit l’heure de votre retour de la vie professionnelle, vous devez vous consacrer à vos enfants et faire en sorte qu’ils réussissent aussi leur vie de demain. La vie d’épouse vient pour compléter les deux autres, elle ne doit pas être négligée.


Dites-nous, pour vous, c'est quoi une femme accomplie ?

Une femme accomplie est une femme qui a réussi tout, d’abord sa vie professionnelle, sa vie conjugale. C’est une femme qui a eu la chance de l’éducation, de la formation et de l’emploi ou auto emploi, une femme qui a ensuite fondé une famille, donné la vie. Bref une femme accomplie est une femme qui a été éduquée, qui a pu faire quelque chose de ses dix doigts, qui a pu aider son prochain, une femme qui a pu apporter quelque chose à son pays en travaillant, a bien éduqué ses enfants pour en faire de bons citoyens du monde .

Beaucoup de femmes, de filles vous admirent, quels conseils avez-vous à leur endroit pour être comme vous ?

Le conseil que j’ai l’habitude de donner aux filles et jeunes dames sans pour autant me prendre comme référence, c’est le travail, avoir le goût du travail et être endurante malgré tous les difficultés qu’on puisse rencontrer. Il faut toujours chercher la performance, chercher à être en tête dans un groupe. S’il y a un poste qui m’intéresse, il faut toujours y concourir pour l’obtenir par mérite et non par des chemins détournés. Il faut se respecter, et lorsque  tu te respectes, tu imposes le respect à ton entourage.

Votre mot de fin 

Je rends grâce à Dieu pour moi, mes parents et pour mon pays. Je remercie tous ceux qui m’ont soutenu au cours de ma vie. Je remercie aussi tous les Dirigeants que j’ai connu durant ma carrière, ils ont su me témoigner de la confiance malgré ma petitesse. Je remercie tous mes amis de tous bords et toutes ethnies. Je termine avec cette phrase de Voltaire que j’adresse à tout le peuple togolais : il fa
Pour être femme leader, il faut avoir le goût du travail et rechercher la performance